États-Unis. Le mouvement LGBTQ+ est en crise. Voici comment nous pourrions y remédier

Clayton Gibson, opinion sur Advocate reçu le 18 octobre 2026 à 15h14

Point de vue : Clayton Gibson, de la Fondation communautaire QWELL, estime que les personnes queer doivent aller au-delà de l'activisme politique et de celui des célébrités pour renforcer leurs communautés, leur pouvoir économique et mettre en place des systèmes de soutien durables.

Ce que fait le mouvement queer ne fonctionne pas, et c'est évident. Vous en voyez la preuve tous les jours : des acquis politiques nous sont retirés ; notre droit au mariage est menacé ; les jeunes, les personnes trans et les personnes BIPOC, ainsi que les services qui leur sont destinés, sont pris pour cibles ; des fusillades dans des bars gays ; des arrestations en Turquie… Vous pensez déjà à d’autres menaces et pertes à ajouter à cette liste. Vous le savez déjà. Le pendule ne fait que va-et-vient parce que nous n’avons pas joué pour gagner, et nos adversaires savent que si nous revendiquons notre pouvoir, ils perdront.

Les personnes LGBTQIA+ ont été conditionnées à considérer la condition de victime comme un mode de vie, et notre mouvement pour la liberté, la sécurité et le bien-être a fonctionné à partir de ce sentiment de manque, de pénurie et de traumatisme. Nous devons canaliser notre élan queer pour tout remettre en question et tout remettre en cause, en nous concentrant sur nos propres progrès, en tirant les leçons du passé et en changeant de cap, plutôt que de répéter les erreurs du passé simplement parce qu’elles relèvent de la tradition.

La prédominance et la notoriété de l’activisme politique ont enfermé de nombreux militant·e·s queer dans des stratégies qui ne produisent pas les résultats que nous souhaitons. Nous considérons la révolution politique comme notre seul objectif, alors même que l’élection de responsables politiques favorables à la cause LGBTQIA+ n’aboutit que rarement à des avancées rapides ou durables. Les avancées que nous obtenons ne contribuent guère à réduire les souffrances quotidiennes des nombreuses personnes LGBTQIA+ qui ne parviennent pas à trouver un emploi offrant un salaire décent, un logement sûr, des soins de santé adaptés, ni même un simple sentiment d’appartenance à une communauté.

Bien sûr, nous devons mener une action politique avec détermination, mais cela ne doit constituer qu’un volet de notre stratégie. Tant que le militantisme LGBTQIA+ restera axé sur le manque et que nous attendrons sans cesse que les personnes cisgenres et hétérosexuelles subviennent à nos besoins, nous ne serons pas en mesure de résoudre nos propres problèmes.

Notre mouvement est également en difficulté en raison d’une chute spectaculaire du financement des associations à but non lucratif, en particulier ces dernières années, alors que trop de fondations et d’entreprises ont cédé à la pression visant à mettre fin aux initiatives en faveur de la diversité, de l’équité et de l’inclusion (DEI). De nombreuses entreprises craignent de continuer à soutenir publiquement les personnes LGBTQIA+ et BIPOC, et, jusqu’à présent, nous n’avons pas adapté nos attentes pour leur offrir une solution leur permettant de poursuivre leur soutien. Les dons individuels ont ralenti en raison des difficultés économiques – que l’IA risque d’aggraver encore davantage – et de l’urgence vitale d’autres causes.

Nos organisations LGBTQIA+ sont vulnérables à ces conditions car nous n’avons pas mis en place une infrastructure capable d’encaisser les coups. Au lieu de cela, nous avons créé des milliers de structures associatives queer, toutes distinctes les unes des autres, ce qui a entraîné une duplication des frais de fonctionnement et, trop souvent, nous a amenés à réinventer la roue. Nous fonctionnons toujours en silos, chacun s’attaquant aux symptômes de l’oppression alors que, si nous travaillions ensemble, nous pourrions frapper à la racine.

Chacun a fait de son mieux, mais la structure du mouvement qui en a résulté était fragile, car nous manquions d’informations et de technologies. Nous avons ignoré notre besoin d’une stratégie nationale à long terme alors que nous profitions de ce qui s’est avéré être une proximité temporaire avec le pouvoir à la Maison Blanche et au sein du monde des affaires américain. Nous avons bâti notre mouvement sur du sable, et non sur le roc, et nous avons été submergés par la vague d’opposition qui déferle à nouveau, car les forces anti-queer n’ont jamais cessé de s’organiser contre nous.

Le mouvement LGBTQIA+ peut réussir si nous cessons de placer tous nos espoirs uniquement dans la politique et si nous réorientons nos ressources vers de nouvelles stratégies. Audre Lorde nous met en garde : « L’espoir est contre-révolutionnaire. La pression fait bouillir. » Et les personnes LGBTQIA+ peuvent exercer une pression bien plus forte.

Selon le Public Religion Research Institute (PRRI), 192 millions de personnes – soit 72 % des adultes américains – soutiennent la lutte contre la discrimination envers les personnes LGBTQIA+. On compte 26 millions d’adultes LGBTQIA+, selon la HRC, et les chercheurs du PRRI s’attendent à ce que 23 à 28 % de la génération Alpha s’identifient comme queer, tout comme la génération Z.

Les personnes LGBTQIA+ et leurs alliés sont nettement plus nombreux que nos détracteurs, et le pouvoir économique queer n’a jamais été aussi fort, avec 1 700 milliards de dollars, selon le NGLCC.

Nous ne manquons ni de moyens de pression, ni d’alliés, ni d’argent ; nous ne savons tout simplement pas faire valoir notre poids. Le travail militant, c’est du judo, pas de la boxe. Nous devons bien agencer les éléments si nous voulons que les pièces s’assemblent en notre faveur.

« Les outils du Maître ne démantèleront jamais la maison du Maître », comme l’enseigne Lorde, mais nous pouvons construire une nouvelle maison.

Les personnes queer doivent mettre en place un système de mouvement clair et coordonné, une infrastructure résiliente qui permette d’obtenir les résultats que nous souhaitons :

    Que toutes les personnes LGBTQIA+ et leurs alliés aux États-Unis soient liés par des relations communautaires profondes, diversifiées et solidaires, y compris les jeunes et les personnes âgées.
    L’accès à des soins de santé adaptés aux personnes LGBTQIA+ pour tous.
    Une aide d’urgence qui protège, stabilise et accompagne les personnes LGBTQIA+ en situation de crise.
    Une guérison émotionnelle et spirituelle du racisme, de la misogynie, des traumatismes et de l’oppression pour tous.
    Un changement culturel qui étende de manière fiable notre soutien aux personnes cisgenres et hétérosexuelles.
    Des entreprises bienveillantes dont le soutien est inébranlable.
    Un financement pérenne qui assure la circulation continue des ressources vers les personnes et les organisations LGBTQIA+.

L’infrastructure militante dont les personnes LGBTQIA+ et leurs alliés ont besoin pour atteindre ces objectifs est en cours de développement au sein de la Fondation communautaire QWELL.

Lancée en 2027, l’« application de centre communautaire virtuel LGBTQIA+ » de QWELL s’appuie sur les atouts de la communauté queer et de ses alliés pour faire bouger les choses.

Vous vous souvenez de notre pouvoir d’achat de 1 700 milliards de dollars ? 96 % des personnes LGBTQIA+ estiment qu’il est important de dépenser leur argent auprès d’entreprises ouvertes à la communauté queer. L’application à but non lucratif de QWELL nous permet pour la première fois de tenir cet engagement, grâce à un annuaire privé qui incite les consommateurs LGBTQIA+ et leurs alliés à soutenir les entreprises et organisations ouvertes à la communauté queer. L’objectif est de rendre « Everything Queer, Radically Secure » accessible à toute personne et organisation qui en a besoin, tout en le rendant inaccessible aux acteurs malveillants.

Notre argent ne devient un pouvoir d’achat que lorsque nous concentrons nos dépenses.

Comme mentionné, 192 millions d’Américains nous soutiennent, et l’application QWELL favorise les relations avec nos voisins et alliés LGBTQIA+. Les membres anonymes de l’application gagnent des récompenses en partageant des repas dans des restaurants de tous les quartiers, nouant ainsi des amitiés interraciales et intergénérationnelles où nous pouvons mettre de côté la mise en scène de notre identité et être aimés tels que nous sommes. Ces liens cultivent le courage – notamment celui de se défendre les uns les autres. La visibilité et l’impact politique sont des résultats, pas des moyens.

À quoi ressemblerait le monde si le mouvement LGBTQIA+ avait passé le siècle dernier à collaborer avec ses alliés pour cultiver la liberté, la sécurité et le bien-être, plutôt que de se battre pour la visibilité ?

La visibilité est la manière dont nous percevons la reconnaissance – un phénomène aujourd’hui exacerbé par les réseaux sociaux –, mais elle a toujours constitué un mauvais indicateur pour améliorer la qualité de vie des personnes LGBTQIA+. La visibilité a toujours représenté un risque, et cette période périlleuse montre clairement que la visibilité queer n’était pas une base solide sur laquelle s’appuyer. Nous devons donc changer de stratégie afin de maximiser la sécurité, le bien-être et les liens entre les personnes LGBTQIA+, leurs alliés et les entreprises, pour assurer le succès durable de notre mouvement.

Clayton Gibson (il/lui) est basé à Austin, au Texas, et occupe le poste de directeur exécutif de la QWELL Community Foundation.

 

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