
Bassirou Diomaye Faye (Président de la république du Sénégal) et Ousmane Sonko (Premier ministre du Sénégal) en 2024 (@lifemag.ci sur Instagram)
Le Sénégal, autrefois considéré comme le « phare démocratique » de l’Afrique de l’Ouest et premier signataire de la CPI, utilise aujourd’hui l’appareil d’État pour persécuter légalement ses propres citoyens, s’alignant sur des rhétoriques de repli identitaire similaires à des régimes autoritaires.
Ce qui va suivre résulte d’un entretien avec un militant associatif suite au drame absolu qui touche des millions d’hommes et de femmes sénégalais-es homosexuel-le-s, bisexuel-e-s, transgenres.
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Une rhétorique panafricaniste faussaire au service d’un projet de terreur
L’idée d’une Afrique monolithique et uniformément homophobe est un mythe, souvent entretenu par les discours politiques locaux et occidentaux. Près de la moitié des pays africains ne pénalisent pas l’homosexualité. Des pays comme le Cap-Vert, le Gabon, la Côte d’Ivoire, l’Angola ou le Mozambique n’ont pas de lois criminalisant les homosexuels dans leur code pénal. L’Afrique du Sud, quant à elle, protège explicitement les droits des personnes LGBT+ dans sa Constitution et autorise le mariage pour tous depuis 2006
Le Sénégal, de par son modèle de démocratie stable et l’influence intellectuelle de ses chefs religieux, se considère souvent comme un « phare » moral en Afrique de l’Ouest. En durcissant sa loi, le pouvoir cherche à envoyer un signal de résistance culturelle globale face à l’Occident, s’appropriant ainsi une voix panafricaine qui ne reflète pourtant pas la diversité légale du continent.
Pour la communauté LGBT+ sénégalaise, l’horizon s’assombrit nettement. La loi de 2026 criminalisant également « l’apologie » et le soutien (visant directement les ONG et les défenseurs des droits humains), les réseaux d’entraide vont devoir s’éteindre ou basculer dans la clandestinité la plus totale. On assiste déjà à une accélération des départs et des demandes d’asile vers l’Europe, l’Amérique du Nord, ou vers des pays africains plus tolérants.
Le Sénégal risque de subir des pressions économiques (suspension de certaines aides au développement par des pays occidentaux, à l’instar de ce qu’a connu l’Ouganda). Cependant, le pays est un allié stratégique trop important dans la région (notamment sur les questions de sécurité et d’énergie avec le gaz et le pétrole) pour que les partenaires internationaux rompent totalement les relations.
On s’achemine donc vers une diplomatie de la tension permanente, où le sujet sera évité dans les sommets officiels mais restera un point de friction majeur. Business is business : les Jeux Olympiques de Berlin ont été un franc succès en 1936, dans l’Allemagne hitlérienne, alors que les juifs étaient devenus des citoyens de seconde zone, exclus de nombreux métiers et de la vie publique…
Le gouvernement d’Ousmane Sonko et du président Bassirou Diomaye Faye s’inscrit dans une rhétorique de souveraineté identitaire et de « rupture ». En désignant l’homosexualité comme un « poison occidental » importé, le pouvoir crée un ciment nationaliste. Purifier le corps social de cette orientation devient, dans leur discours, un acte de décolonisation mentale et de préservation de la « pureté » des mœurs sénégalaises.
Le Sénégal traverse une crise économique et sociale profonde. Faute de pouvoir résoudre immédiatement le chômage des jeunes ou l’inflation, le gouvernement offre une « victoire culturelle » à la population et aux puissants mouvements religieux. C’est un moyen gratuit et populaire de souder la nation autour d’un ennemi commun invisible.
Sur le plan de la détresse humaine, la terreur de la traque est comparable à celle des juifs dans l’Allemagne nazie. L’État sénégalais ne cherche pas à exterminer physiquement les LGBT, mais à terroriser pour forcer à l’invisibilité, au mariage forcé ou à l’exil. La traque est souvent initiée par la population (voisins, familles) et l’État s’en fait le relais légal.
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