PHOTO ISABELLE HACHEY, LA PRESSE. Environ 1,5 % des Guinéens âgés de 15 à 49 ans vivent avec le VIH.
Entre 120 000 et 130 000 Guinéens vivent avec le VIH, soit environ 1,5 % des personnes âgées de 15 à 49 ans. « Le combat ne se fait plus dans la population globale, mais dans les populations marginalisées, où la prévalence est plus élevée », explique le Dr Bonimy. Parmi les travailleuses du sexe, les homosexuels et les utilisateurs de drogues injectables, le taux d’incidence grimpe à plus de 10 %.
Le drame, c’est qu’en raison des coupes budgétaires américaines, ces populations à risque n’ont plus accès aux tests de dépistage ni aux préservatifs gratuits.
La rupture est presque totale. Ça va ramener les efforts presque à zéro. L’élément premier de prévention, ce sont les condoms. Le Dr Pascal Bonimy, ex-coordonnateur du bureau guinéen de l’ONUSIDA.
En Guinée, explique-t-il, les travailleuses du sexe n’ont tout simplement pas les moyens de se payer une boîte de préservatifs à la pharmacie.
« Bien sûr qu’il va y avoir une hausse de la prévalence », prédit le Dr Abass Diakité, fataliste. Il sera impossible, toutefois, de mesurer l’ampleur de la catastrophe à venir. « Il faut des moyens pour faire ces enquêtes. Et ces moyens, on ne les a plus… »
Les campagnes de sensibilisation sont passées à la trappe, en même temps que les préservatifs et les tests de dépistage. Elles avaient pourtant une importance non négligeable pour limiter les cas de contamination en Guinée, où les personnes séropositives demeurent fortement stigmatisées.
(...) En matière de lutte contre le sida, le gouvernement guinéen fait de son mieux pour combler le cratère laissé par le torpillage de l’USAID, en fonction de ses moyens, ajoute-t-il. « Mais ça ne peut pas être à 100 %, parce qu’il y a d’autres priorités. »
La Guinée n’est pas riche, mais n’est pas non plus dépourvue de ressources naturelles. Simandou, la plus grosse mine de fer du monde, vient d’y entrer en activité. Portée par le secteur minier, la croissance économique de ce pays d’Afrique de l’Ouest devrait bondir à 8,7 % en 2026, selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international.
Les autorités doivent profiter de cette poussée et fournir les efforts nécessaires pour libérer la Guinée de sa dépendance à l’aide étrangère, estime Luc Innocent Touré, responsable d’une ONG qui a été soutenue pendant 20 ans par l’USAID. De toute façon, le pays n’a pas le choix. « Cette décision du président Trump devrait être l’occasion, pour les Africains, de prendre leur propre destin en main. »
Reculs dans la lutte contre le VIH/sida
69 %
des organisations signalent une capacité réduite de plus de moitié (services d’accompagnement pour les personnes vivant avec le VIH).
81 %
des organisations indiquent que les services de prophylaxie pré-exposition (PrEP, un traitement préventif très efficace) fonctionnent à moins de 50 % de leur capacité de janvier 2025.
56 %
des organisations indiquent que les réductions de financement ont affecté la disponibilité des approvisionnements.
Source : Coalition Plus, sondage mené auprès de 79 organisations dans 47 pays, janvier 2026
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