La Presse en Guinée. Après la fin de l’USAID, l’hécatombe : « Ce qu’ils ont fait, c’est criminel »

Isabelle Hachey sur La Presse (1/4) en date du 10 mai 2026 à 15h18

La Presse en Guinée. Après la fin de l’USAID, l’hécatombe silencieuse

Dès les premières heures de son mandat, en janvier 2025, Donald Trump a charcuté l’aide américaine au développement international. Le décret présidentiel n’était peut-être pas aussi spectaculaire que le déclenchement d’une guerre à l’autre bout du monde. Pourtant, son impact se mesure déjà en centaines de milliers de morts. Incursion en Guinée, en Afrique de l’Ouest, où les ruptures de stock font à nouveau planer le spectre de maladies mortelles comme le paludisme et le sida. Un reportage d’Isabelle Hachey.


Le médecin a tout fait pour sauver Fatoumata Camara, 5 ans. Il a réussi, mais de justesse ; l’enfant a bien failli y passer.

Et c’est un peu la faute de Donald Trump.

Si l’un des premiers gestes du 47président des États-Unis n’avait pas été de mettre la hache dans l’aide au développement international, la petite Fatoumata aurait dormi sous une moustiquaire, à la maison.

Si, malgré tout, l’enfant avait contracté le paludisme, une maladie transmise par la piqûre de moustiques infectés, elle aurait reçu un traitement avant que son état ne se détériore au point de la conduire au seuil de la mort.

Mais il n’y avait ni moustiquaire ni traitement disponible au petit hôpital de sa localité, en banlieue de la capitale, Conakry, selon son père, Demba Camara.

Et pour cause. « Le financement américain soutenait 80 % de la lutte contre le paludisme en Guinée », explique le DDemba Samoura, qui a soigné la fillette dans sa minuscule clinique du quartier Dixinn, au cœur de la capitale.

Président du Réseau national des associations de lutte contre le paludisme en Guinée, le DSamoura parle d’une véritable « flambée » de la maladie dans ce pays de 15 millions d’habitants, en Afrique de l’Ouest.

(...) À peine quelques heures après son investiture, le 20 janvier 2025, Donald Trump a signé un décret ordonnant la suspension immédiate de tous les programmes américains d’aide étrangère.

C’est l’homme le plus riche du monde, Elon Musk, qui a été chargé de démanteler l’Agence des États-Unis pour le développement international. Jusque-là, cette agence, l’USAID, finançait 40 % de l’action humanitaire mondiale.

(...) On commence aujourd’hui à mesurer l’ampleur des dégâts. L’aide alimentaire a chuté de 40 % à l’échelle internationale. Plus de 2000 dispensaires ont fermé leurs portes dans des régions en crise. Inévitablement, le sida, tout comme le paludisme et d’autres maladies mortelles comme la tuberculose, a repris du terrain dans plusieurs régions.

Ce n’est pas aussi frappant qu’une guerre. Ça n’attirera jamais autant d’attention médiatique que le blocage d’un détroit stratégique pour l’économie mondiale. Mais en termes de vies humaines, c’est autrement plus dévastateur.

Les morts se comptent déjà en centaines de milliers.

Pour l’année 2025, la suspension des programmes d’aide internationale a provoqué la mort de 518 428 enfants et de 262 915 adultes, selon une modélisation mathématique de Brooke Nichols, épidémiologiste à l’Université de Boston.

Tous ces gens meurent sans bruit, loin, très loin des caméras. Et ils continueront de mourir. Une étude publiée en février dans la revue médicale The Lancet prévoit que, si rien n’est fait pour corriger le tir, la suppression de l’aide américaine entraînera au moins 9,4 millions de décès supplémentaires d’ici 2030.

(...) 

« On est en train de régresser », s’alarme le DDemba Samoura. Le financement américain a été coupé de façon brusque, sans permettre une période de transition, sans prévenir les pays qui dépendaient de cette aide. « Ça n’a pas été réfléchi, dénonce le médecin. Ceux qui ont fait ça ont contribué à la flambée de maladies et à leur létalité. Ils sont responsables. Ce qu’ils ont fait, c’est criminel. »

Contrecoups mortels

Des experts ont calculé l’impact de la suspension de l’aide américaine. En un an, de janvier 2025 à janvier 2026, l’effet est déjà dévastateur :

781 343

Bilan total des victimes dans le monde, dont 518 428 enfants

71 448

Nombre de morts du paludisme, dont 53 577 enfants

176 226

Nombre de morts du sida, dont 16 954 enfants

Source : Impact Counter

Consultez le site d’Impact Counter (en anglais)
Lire le texte intégral de l'article abondamment illustré sur La Presse.

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