À Bagdad, la vie clandestine de la jeunesse queer

Margaux Seigneur sur Têtu en date du 10 mai 2026 à 14h07


Photographie : Pauline Gauer sur têtu

Dans la capitale de l'Irak, les jeunes LGBT redoublent d'ingéniosité pour tenter de vivre malgré le durcissement de l'homophobie d'État.

(...) Le 27 avril 2024, le Parlement irakien a ainsi adopté des amendements à la loi antiprostitution de 1988 qui instaurent des peines de dix à quinze ans de prison pour les relations entre personnes de même sexe. Une première version envisageait la peine capitale. Selon une tradition désormais en vogue dans tous les États homophobes, de la Russie à la Hongrie, la simple "promotion" de l’homosexualité est désormais passible de sept ans d’emprisonnement et d’amendes lourdes. La loi cible également les personnes trans, interdisant les chirurgies d’affirmation de genre et prévoyant des peines d’un à trois ans de prison pour les individus et les médecins qui y contreviendraient. Sous cette lourde chape, les personnes queers vivent une existence en sursis, où tout peut basculer pour un geste, un mot.

Comme toujours y compris dans les sociétés les plus rétrogrades, la vie queer trouve néanmoins un chemin. Sur des messageries cryptées, dans des lieux choisis avec soin, à travers des codes discrets et d’infinies précautions, les rencontres s’organisent. Ici, les amours interdites, d’une nuit ou d’une vie, exigent une logistique minutieuse. "Pseudonyme obligatoire, VPN activé, vérifications systématiques et rendez-vous en terrain neutre", énumère Saif, 21 ans, déjà rompu à l’art de déjouer la surveillance. Depuis cinq ans, il explore malgré lui l’arsenal des subterfuges nécessaires pour rencontrer d’autres hommes. Il en a tiré des leçons amères : à deux reprises, il s’est retrouvé à converser avec un policier infiltré sur Grindr. Par chance, il a déjoué le piège avant le face-à-face. S’il passe désormais chaque profil au crible, il préfère flâner dans les cafés pour tenter de deviner une connivence derrière les apparences. Une approche plus risquée, mais où l’instinct prime sur les algorithmes.

(...)

"J’ai peur du jour où ma famille me mariera. Je devrai faire semblant…"

Le ton rigolard s’estompe quand refont surface des souvenirs d’horreurs. "Vous vous souvenez des milices chiites en 2009 ? Ils mettaient de la colle dans les anus des gays et les forçaient à prendre des laxatifs", se remémore Yasin, 20 ans, avant de confier qu’il pense être inscrit, du fait de son militantisme sur les réseaux sociaux, sur l’une des listes noires tenues par les milices qui persécutent les gays. Un lourd silence s’installe, interrompu par une déclaration glaçante d’Abbas : "Si ma famille savait, elle me tuerait sans hésitation." Alors, il joue le jeu imposé. Barbe soigneusement taillée et coque de téléphone ornée de versets coraniques, il affiche une religiosité protectrice et, côté cœur, se présente comme un homme éperdument amoureux d’une femme. Mais cette mascarade a un prix. "J’ai peur du jour où ma famille me mariera. Je devrai faire semblant avec une femme", lâche-t-il d’un air résigné.

Lire l'intégral de ce récit qui glace le sang sur Têtu.


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