Le recensement canadien pose pour la première fois des questions sur l'orientation sexuelle

Emma Bainbridge sur Xtra en date du 10 mai 2026 à 10h35

Selon les experts, ces données permettront de mieux comprendre les inégalités économiques, sanitaires et sociales auxquelles sont confrontées les personnes LGBTQ2S+


Crédit photo : Getty Images/The Good Brigade, publié sur Xtra.

Pour la première fois cette année, le recensement interroge les résidents canadiens sur leur orientation sexuelle. Un ménage sur quatre reçoit le questionnaire détaillé, qui comprend une question permettant aux répondants de s’identifier eux-mêmes ainsi que les membres de leur ménage âgés de 15 ans et plus comme hétérosexuels, lesbiennes ou gays, bisexuels ou pansexuels, ou encore de choisir une autre option. La collecte des données pour la plupart des ménages canadiens commence aujourd’hui [4 mai 2026].

En juillet, Statistique Canada a annoncé qu’il introduirait la question sur l’orientation sexuelle dans le recensement de 2026 après que des consultations ont révélé qu’il s’agissait « de l’une des lacunes perçues les plus fréquemment signalées dans le contenu du recensement par les partenaires fédéraux, les universitaires et les organisations ». Le Canada est désormais l’un des rares pays à collecter des données de recensement sur l’orientation sexuelle, aux côtés de la Nouvelle-Zélande, de l’Équateur et du Royaume-Uni. 

Jad Sinno, directeur de recherche au Community-Based Research Centre (CBRC), une organisation nationale promouvant la santé des personnes LGBTQ2S+, estime que cette nouvelle question du recensement est un changement bienvenu. « Cela fait suite à des décennies de plaidoyer de la part des membres de la communauté queer, des défenseurs et des chercheurs, y compris le CBRC, qui appelaient le gouvernement fédéral à inclure l’orientation sexuelle, l’identité de genre et les indicateurs liés à l’identité queer dans le recensement », déclare-t-il. 

Le Canada est devenu le premier pays au monde à recueillir des données de recensement sur l’identité de genre en 2021, à la suite des efforts de plaidoyer menés par Quinn Nelson, étudiant non binaire à l’Université de Calgary, ainsi que par des chercheurs et des organisations LGBTQ2S+.

Devon MacFarlane, consultant indépendant en santé LGBTQ2S+ qui a précédemment travaillé pour Santé Canada et Rainbow Health Ontario et qui tient le blogue Queering Health, est un autre défenseur enthousiasmé par la nouvelle question sur l’orientation sexuelle. « Être visible dans un recensement est vraiment important », dit-il. « Si nous ne sommes pas comptés, quel poids avons-nous réellement dans l’ordre des choses lorsqu’il s’agit de politiques ? »

(...) Cependant, les données recueillies lors du recensement pourraient ne pas refléter l’ensemble de la population queer canadienne âgée de 15 ans et plus. Des recherches menées par le CBRC ont montré que de nombreuses personnes LGBTQ2S+ hésitent à révéler leur orientation sexuelle dans les enquêtes menées par le gouvernement, ce qui pourrait entraîner une sous-estimation dans les résultats finaux.

Sinno estime que cela « s’inscrit dans la continuité ou découle d’une longue histoire de négligence de la part du gouvernement canadien [et] d’une méfiance envers les institutions médicales ». Le recensement est obligatoire en vertu de la loi et les réponses sont confidentielles, mais certaines personnes LGBTQ2S+ peuvent néanmoins avoir des réticences à révéler leur sexualité.

Par exemple, la question sur l’orientation sexuelle pourrait poser des difficultés aux jeunes qui vivent avec leur famille. Un adulte du foyer est chargé de remplir le questionnaire du recensement pour l’ensemble du foyer. Par conséquent, les jeunes risquent de ne pas être correctement recensés s’ils ne se sentent pas à l’aise de révéler leur orientation sexuelle à leurs parents ou tuteurs, ou si ces adultes ne reconnaissent pas leur orientation sexuelle comme valable.

« Nous devons reconnaître que ces limites vont exister et nous devons en tenir compte dans l’interprétation des données », déclare Sinno. (...)

Lire le texte intégral (en anglais) sur Xtra


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