États-Unis. L’édition LGBTQ+ encaisse le contrecoup des offensives anti-trans et anti-DEI

Caro Lavigne sur Fugues en date du 19 janvier 2026 à 13h05

Aux États-Unis, publier — et surtout faire circuler — des livres à thématique LGBTQ+ devient de plus en plus compliqué. En toile de fond : une montée des interdictions de livres dans les écoles, une atmosphère politique hostile aux politiques de diversité, et une rhétorique gouvernementale qui vise particulièrement les personnes trans. Résultat : des auteur·rice·s, des agent·e·s littéraires et des éditeur·rice·s décrivent un climat où les récits queer, notamment destinés aux ados, sont plus difficiles à « placer » en librairie et dans les bibliothèques.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, plusieurs décrets et mesures ont ciblé les droits des personnes trans et les programmes de diversité dans l’appareil fédéral. Parmi les gestes les plus marquants : un décret imposant une définition binaire du sexe (« homme » ou « femme ») comme cadre de référence pour le gouvernement fédéral. 

Cette offensive politique déborde du secteur public. Dans le monde des affaires, de grandes entreprises ont annoncé des reculs ou des reconfigurations de leurs initiatives en diversité, équité et inclusion (DEI), dans un contexte de polarisation et de pressions militantes conservatrices. Pour les milieux culturels, dont l’édition, c’est un signal de plus : la « controverse » autour des contenus queer devient un risque que certain·e·s préfèrent éviter.

Des bans à la chaîne : près de 7 000 interdictions en un an scolaire
Le moteur principal de cette crispation demeure toutefois la vague de censure en milieu scolaire. PEN America, organisme voué à la liberté d’expression, a recensé 6 870 interdictions de livres durant l’année scolaire 2024-2025, réparties dans 23 États et 87 districts scolaires publics. 

Dans ce climat, les œuvres LGBTQ+ — surtout celles qui parlent d’identité, de genre, de sexualité, de racisme ou de violence — sont particulièrement ciblées, ce qui refroidit la diffusion et, par ricochet, influence ce que les éditeur·rice·s jugent « vendable » ou « acceptable ».

(...)

Pourquoi ça concerne aussi le Canada (et le lectorat queer)
Même si ces attaques se déroulent au sud de la frontière, leurs effets peuvent se faire sentir au Canada : marché du livre intégré, circulation des titres, tendances en acquisition, et échos politiques qui franchissent rapidement les frontières. Pour le lectorat LGBTQ+ canadien, l’enjeu est clair : quand des récits queer disparaissent des étagères — surtout ceux destinés aux jeunes — c’est la visibilité, l’accès à des repères et le sentiment d’appartenance qui reculent.

L’édition queer n’est pas qu’un segment de marché : c’est aussi un espace de mémoire, d’éducation et de survie culturelle. Dans un contexte où des gouvernements et des groupes organisés cherchent à réduire ces histoires au silence, les bibliothèques, les librairies indépendantes, les festivals littéraires et les lecteur·rice·s deviennent — qu’ils le veuillent ou non — des maillons de résistance.

Lire le texte intégral sur Fugues.

Voir aussi l'article (en anglais) de Cody Corrall, Mel Woods sur Xtra* :  Les éditeurs acquièrent moins de livres queer en raison des interdictions de livres aux États-Unis : rapport.

Selon un nouveau rapport publié par The Hill, les éditeurs ralentissent leurs acquisitions de titres LGBTQ2S+ en réponse à la multiplication des interdictions de livres à travers le pays.

(...) L'interdiction des livres queer est une tendance qui s'est accentuée depuis le premier mandat de Trump, mais elle a explosé ces dernières années, en particulier dans le cas des livres destinés aux jeunes lecteurs. PEN America, qui recense les interdictions de livres dans les États depuis 2021, a identifié plus de 10 000 interdictions de livres au cours de l'année scolaire 2023-2024.

En 2024, l'American Library Association a constaté que plus de la moitié des livres les plus contestés dans les écoles et les bibliothèques publiques au cours de l'année précédente avaient été écrits par des auteurs LGBTQ2S+ et des personnes de couleur, comme Gender Queer de Maia Kobabe et All Boys Aren't Blue de George M. Johnson. 

 

 


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