Émèno ka yënô : ainsi va la vie (être homosexuel au Gabon)
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Jann Halexander sur 76crimesfr en date du 17 janvier 2026 à 16h53
Le chanteur, pianiste et écrivain Jann Halexander de retour au pays natal (c) B.NdingaDe retour au Gabon après une longue parenthèse où il s’est opposé au régime d’Ali Bongo Ondimba, l’artiste queer Jann Halexander – le « mûlatre » comme il aime à s’appeler – se livre à une analyse où il dresse une autopsie de l’état des libertés dans le pays patriciel, qui est aussi sa terre natale. Une manière pour l’artiste de clore l’exil, sans être un retour définitif en Afrique, étant donné les fragilités du réel, dans un pays où c’est la bisexualité des personnes LGBT+ qui les protège.
‘La dépénalisation ne signifie pas chez nous que l’homosexualité est permise au Gabon. On a tous compris que la dépénalisation, c’était sur le plan juridique mais que l’acte est un acte qui choque la conscience commune. Dépénaliser ne veut pas dire légaliser. C’est pourquoi aujourd’hui quiconque exposerait un peu trop son orientation homosexuelle dans l’espace public peut être poursuivi pour atteinte à la pudeur, ça doit rester caché.
Alors si demain, il y a un retour en arrière et que les relations homosexuelles sont interdites, les gens vont toujours se voir. Parce qu’ici à la base, les gens ne se voient pas ouvertement, c’est toujours discrètement, ça ne va rien changer au vivre ensemble des gabonais. Il n’y a pas d’institution, de lieu au Gabon où on sait que c’est là-bas qu’on trouve des homosexuels etc, non. Il y a des lieux mixtes avec une forte population lgbt en effet mais rien d’officiel. Les gens se voient en cachette ici, avec ou sans loi. Même les hétérosexuels évitent les flirts en public, c’est vu comme de l’exhibition.’
C’est ainsi que Fabrice (Prénom modifié), enseignant de 55 ans dans un lycée privé de Libreville me dresse le tableau de la situation de la communauté LGBT au Gabon en 2025.
(...)
Actuellement, l’homosexualité n’est pas explicitement interdite par la loi au Gabon : la situation reste fragile, inacceptable pour certains, et toujours sujette à débat. L’homophobie constitutionelle reste une épée de Damoclès au-dessus des communautés LGBT du Gabon. Mais comme le dit Fabrice, une pénalisation changerait-elle vraiment la donne ?
Il n’y a pas sur place de protection spécifique contre les crimes de haine motivés par l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Les victimes portent très rarement plainte par peur d’être elles-mêmes stigmatisées ou sanctionnées. La discrimination sociale reste forte, tout comme le harcèlement et le chantage. Pourtant jusqu’à maintenant, le Gabon reste relativement calme par rapport au Cameroun (où les agressions physiques et les lynchages sont beaucoup plus documentés) ou au Nigeria, au Ghana. Beaucoup de personnes LGBT gabonaises arrivent à vivre discrètement sans incident majeur, mais la peur reste très présente et la tolérance sociale est faible de toute façon. Etonnament, le Gabon est même un pays plutôt calme par rapport à la France actuelle. La France a l’une des législations les plus protectrices d’Europe sur le sujet (l’homophobie est une circonstance aggravante reconnue depuis 2004), mais les faits persistent, avec une hausse continue des signalements ces dernières années : agressions physiques graves, menaces de mort et meurtres. Il ne suffit donc pas d’une législation protectrice pour que les LGBT se sentent en sécurité et ne soient pas constamment sur le qui-vive.
Lire le texte intégral sur 76crimesfr
Voir Wikipedia pour en savoir davantage sur Jann Halexander. Voir aussi l'article Jann Halexander : silence provisoire pour une voix engagée sur Gabon Review.
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