Il s’agit surtout d’hommes gais. Ils se croient affranchis de la minorisation à laquelle ils ont été soumis pendant des siècles. Ils se rapprochent aujourd’hui des idéologies conservatrices et autoritaires. On les appelle des homonationalistes. Certains, plus âgés, osent affirmer que, même très jeunes, ils n’ont jamais eu à subir de rejet, ni de la part de leur famille, ni de leurs ami·es, ni même dans leur vie professionnelle. Intégrés, acceptés, ils ne font même pas preuve d’empathie envers celles et ceux qui ont connu un parcours beaucoup plus chaotique. Ces hommes épargnés, qui s’en vantent même sur les réseaux sociaux, n’ont pas pris part à la longue marche pour l’égalité et la reconnaissance des droits, alors même qu’ils en bénéficient aujourd’hui, notamment grâce à l’accès au mariage. Pour d’autres, une fois la respectabilité acquise, on referme rapidement la boîte des souvenirs douloureux pour se fondre dans le grand groupe majoritaire auquel on avait rêvé d’appartenir un jour.
Bien sûr, il ne faut pas généraliser. Il s’agit peut-être d’une toute petite minorité, mais très vocale sur les réseaux sociaux. Elle adopte des discours qui prônent le rejet des différences et de celles et ceux qui n’ont pas été adoubés par la majorité et qui font tache dans le portrait. Certains demandent même que le G disparaisse du sigle pour ne plus être associés, de près ou de loin, à celles et ceux qui ne se fondraient pas dans la norme, entendons ici la norme hétéronormée.
On pourrait penser qu’il ne s’agit que d’un épiphénomène, qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Cependant, on le constate en Europe : de nombreux gais se tournent vers des partis conservateurs, voire d’extrême droite, face aux difficultés économiques et sociales que traversent leurs pays. Un exemple : le Rassemblement national compterait 24 députés gais, un nombre inégalé dans les autres partis. Rappelons que le Rassemblement national (autrefois Front national) s’est toujours distingué par une homophobie décomplexée. En 2013, il s’est opposé au mariage pour tous. Aujourd’hui, 28 % des gais soutiendraient le RN. Même constat en Allemagne, où 28 % des gais appuieraient le parti nationaliste d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD). Un chiffre semblable serait observé en Autriche pour le Parti de la liberté d’Autriche, qui se réclame de l’extrême droite.
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