Premier titulaire du poste d'ambassadeur pour les droits des personnes LGBT+, créé par Emmanuel Macron en 2022, Jean-Marc Berthon publie un livre, Fragiles libertés (Grasset), qui brosse un panorama de la situation dans le monde et alerte sur le risque représenté par la poussée réactionnaire y compris au sein des démocraties.

- Dans l'affrontement mondial auquel on assiste entre forces réactionnaires et progressistes, quel poids a eu la réélection il y a un an de Donald Trump à la tête des États-Unis ?
Jean-Marc Berthon : Le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump a renforcé la polarisation du monde. Évidemment, lorsque la plus grande puissance mondiale bascule dans le camp réactionnaire, beaucoup de pays se sentent encouragés dans cette direction. Mais cela provoque aussi, en parallèle, un sursaut des pays libéraux qui se sentent obligés, du Canada à la Roumanie en passant par l'Australie, de défendre plus ardemment les valeurs démocratiques. Par leur politique commerciale, leur soutien à la Russie, leur gestion de l'immigration, les États-Unis sont passés, aux yeux de beaucoup d'autres pays, du statut de modèle à celui de contre-modèle. Ce n'est donc pas la victoire finale du conservatisme mais une amplification du combat, une réaffirmation des valeurs universelles.
- Dans ce nouveau jeu, l'Europe réussit-elle à se poser en modèle ?
Sans aucun doute. Certes, des pays de l'Union européenne (UE) mènent une politique anti-LGBT, mais ceux-là se comptent sur les doigts d'une main : la Hongrie et la Slovaquie, notamment. L'écrasante majorité des États de l'UE sont pour une inclusion complète des personnes LGBT+ dans la société, au nom de l'universalisme hérité des Lumières.
- À vous lire, l'état des droits LGBT+ est un excellent indicateur de la santé d'une démocratie…
La relation est directe : là où la démocratie est absente ou en crise, les droits LGBT+ sont systématiquement attaqués. Nous avons vécu cinquante ans de progrès formidables, avec la dépénalisation de l'homosexualité dans les deux tiers du monde, la reconnaissance de la transidentité et de l'homoparentalité dans de nombreux pays… et nous pensions que ces avancées étaient acquises. En réalité, depuis une dizaine d'années, nous observons une crispation et un recul des droits dans un certain nombre de pays sur tous les continents. Cela est lié tout à la fois au mouvement de balancier de l'histoire, à la crise de la démocratie, ainsi qu'à la montée d'un sentiment anti-occidental.
- Vous définissez trois ingrédients nécessaires à l'avancée des sujets LGBTQI+ : la démocratie, la prospérité économique, mais aussi la sécularisation de la société. Cette dernière, la laïcité, a aujourd'hui mauvaise presse y compris dans certains milieux queers…
Si l'on regarde la carte des droits LGBTQI+ de l'Ilga, les pays qui les défendent sont bel et bien les plus sécularisés. Les religions monothéistes – le christianisme, le judaïsme et l'islam – sont toutes trois sévères avec l'homosexualité et la transidentité, qu'elles considèrent comme un péché allant à l'encontre d'un ordre naturel dicté par Dieu. Pour les personnes LGBT+, il est donc capital que la loi civile ne soit pas l'application de la loi religieuse.
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Lire aussi l'article de Terrence Khatchadourian sur Stop Homophobie : Fragiles libertés, de Jean-Marc Berthon : une enquête mondiale sur les droits LGBTQIA+ sous pression.