Il est difficile d’esquisser un portrait du livre Mourir, pointé du doigt d’Alain Labonté, tant il entremêle avec justesse et limpidité des thèmes dans lesquels nous nous retrouverons tous. Le sida et sa période la plus sombre, le rejet et la stigmatisation qu’ont subis les premières personnes atteintes, mais aussi l’importance de la solidarité et du soutien, que l’on pourrait résumer ainsi : la force de l’amitié. Un témoignage souvent poignant, mais sans pathos, qui pose un regard clinique sur cette période et se lit comme un roman d’apprentissage pour l’auteur, alors dans la vingtaine, qui débarque à Montréal et découvre ce que l’on appellerait aujourd’hui une nouvelle famille, une famille choisie.
Autour d’un café, Alain Labonté revient sur la genèse de ce livre. Il le portait en lui, mais peut-être que, pour ne pas revisiter ces souvenirs douloureux, il ne l’avait jamais couché sur le papier. « C’est avec la COVID que nous avons traversée, mais aussi sous la pression de connaissances qui, lorsque j’évoquais l’épidémie du sida et ce que j’avais vécu, me disaient que je devais raconter cela pour que l’on n’oublie pas, que l’on n’oublie pas ceux qui sont tombés à cause de cette maladie. »
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Le livre Mourir, pointé du doigt est construit comme les deux faces d’une même pièce. Une première partie est consacrée à cette découverte de l’amitié et de la vie gaie, puis une seconde, plus sombre, à l’accompagnement des amis atteints du sida jusqu’à leur mort.
« Très jeune, j’avais vu des gens malades autour de moi. J’avais côtoyé la mort de personnes chères, comme mon grand-père ou encore un cousin très proche. Mais, dans mon village, ils étaient entourés jusqu’à la fin, alors que les malades du sida devaient faire face au rejet, à la stigmatisation et à la peur qu’ils puissent contaminer les autres. Beaucoup mouraient dans la solitude. Les plus chanceux étaient entourés de quelques amis proches, se rappelle Alain Labonté. Les familles n’allaient plus les voir, les collègues les évitaient, ne prenaient plus de leurs nouvelles, sans compter la honte qui s’ajoutait à la souffrance de la maladie. Mon ami Stanley, quand il apprend sa séropositivité, vient chez moi après le diagnostic et me dit tout de suite qu’il se sent comme de la vermine, qu’il craint maintenant le regard des autres. »
Une anecdote simple, mais qui pourrait se décliner en milliers d’autres, parmi celles racontées par ceux et celles qui ont été témoins de ces rejets.
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