Les princes charmants, le roman autobiographique d'Éric Dupont : «un récit qui va droit au cœur»

Par Christian Saint-Pierre (Le Devoir) Luc Boulanger (La Presse) Émilie Perreault (Radio-Canada) reçu le 13 septembre 2026 à 20h49

«Les princes charmants»: l’avenir que ton sourire promet

À 56 ans, fort de ses 20 ans d’écriture romanesque, Éric Dupont publie un récit qui va droit au cœur. Composé de 38 chapitres de quelques pages chacun, Les princes charmants est un chapelet de souvenirs aigre-doux, un collier de perles rattachant le passé au présent, un ensemble de pièces d’un casse-tête qui s’emboîtent parfaitement les unes dans les autres.

Dans ces pages, probablement les plus personnelles jamais écrites par l’auteur de La fiancée américaine, Dupont aborde sa vie sentimentale avec un savoureux mélange de sensibilité et d’espièglerie, un savant alliage d’érudition et d’ironie, autrement dit en employant ce ton irrésistible grâce auquel il s’est déjà conquis un vaste lectorat. Prenant des allures de voyage dans le temps (des années 1970 à aujourd’hui) et dans l’espace (de la Gaspésie à Montréal, en passant par Ottawa, Berlin et Toronto) à bord d’un train en mouvement, le récit est celui d’une quête d’amour, une recherche du prince charmant qui commence, bien entendu, par le père.

À 8 ans, parce que son père, policier homophobe et parfois brusque, en tout cas pas exactement doué dans l’expression des sentiments, considère que les leçons de piano offertes par madame Cousineau sont « pour les filles », le narrateur accepte de jouer au hockey. « Les mains de mon père, sa force, l’équipement de hockey, tout ça éclipsait le clavier en carton de madame Cousineau. Je deviendrais joueur de hockey parce que j’aimais mon père plus que j’aimais la musique. »

À vrai dire, l’ombre du père plane sur l’ensemble du récit. Même quand le narrateur rencontre ce Brésilien « absurdement beau », cet homme du Minas Gerais qui va tout changer, la figure paternelle réapparaît : « Un jour, j’apprendrai à parler le portugais pour les mêmes raisons que j’appris à patiner. » Ou encore, à propos de ce qui deviendra La fiancée américaine : « Je vais écrire une histoire qui sera la mère de toutes les histoires, un livre qui pourra t’impressionner autant que le patin sur glace a pu impressionner mon père. »

(...) 

Vous aurez peut-être compris que chaque chapitre est une adresse à cet homme venu du Sud, celui qui est obligé pour des raisons professionnelles de sans cesse déménager dans un nouveau pays. Cet amour naissant, c’est le fil rouge du récit, celui auquel nous sommes suspendus, celui qui incite le narrateur à aborder des sujets comme la thérapie de conversion, la santé mentale et la toxicomanie, mais qui ne l’empêche pas de s’intéresser aussi à d’autres vies que la sienne, notamment celles de ses élèves d’origine africaine, dont les parcours sont bouleversants. Au passage, quelques flèches bien acérées sont décochées au système scolaire. « L’obsession de l’enseignement au Canada est la participation des élèves, peu importe le prix, même si cela signifie que la tenue d’un débat retardera le transfert de connaissances. »

« C’est la nuit qui fait le jour », peut-on lire en exergue de ce récit initiatique, qui réaffirme de manière très émouvante, mais sans une once de sensiblerie, que les épreuves nous guident vers la lumière et que l’amour existe encore : « Il y a maintenant près de vingt ans que je t’ai laissé prendre la place de tout, celle de mon école et de ma religion, celle de mon père et de ses hivers. J’ai reçu en retour un continent, un fleuve et toutes les étoiles qui brillent au sud de l’équateur. »

Christian Saint-Pierre (Le Devoir)


Ma vie comme un roman

À 45 ans, Eric Dupont a appris le portugais pour la même raison qu’il a appris à patiner, à 8 ans. Pour plaire à un homme.

L’homme pour qui il a suivi des cours de portugais, c’est son conjoint Leonardo, un diplomate brésilien qui a fait chavirer son cœur. Celui qui l’a forcé à jouer au hockey, au lieu des cours de piano, c’est son père, un policier macho et autoritaire. Entre ces deux hommes importants, il y a eu des décennies de fuite et d’épreuves formant la trame de son nouveau livre qui se dévore comme un polar.

En 2010, alors que sa vie « s’effondrait », l’auteur a fait un séjour déterminant à Toronto, ville où il a vécu durant quelques années. Dupont allait rendre visite à son ex, très malade. Or, ce dernier lui fait réaliser que « tous les morceaux du passé ne se recollent pas ». Ce voyage sera un tournant dans sa longue quête du bonheur, lui permettant de mettre un terme à sa vie d’avant.

(...) Bien que la forme du livre soit « courte et simple », l’histoire reste très chargée émotivement. Un père alcoolique et violent avec tous ses enfants. Un homme sévère et cruel envers sa première femme, la mère d’Eric : il a forcé son fils à ne pas lui parler ni prononcer son nom à la maison !

Papa n’a jamais accepté mon homosexualité. Il a tout fait pour changer mon orientation sexuelle durant ma jeunesse. Il voulait m’envoyer en thérapie de conversion et faire des séances d’hypnose. Il était terrorisé à l’idée qu’un de ses enfants soit gai. Ma famille m’a toujours dit que mon homosexualité l’a achevé !

Eric Dupont

Malgré cela, Eric Dupont a pardonné à son père : « Je repense au jeune homme qu’il était à l’époque, à la fin des années 1960… Je ne ressens pas de colère envers lui, mais de l’empathie, quasiment de la pitié. »

(...) D’ailleurs, dans Les princes charmants, Eric Dupont écrit : « Pour un garçon homosexuel de 22 ans, il n’y avait pas de meilleur endroit au monde pour exister que Montréal en 1988. » Le croit-il encore ?

« Oui, de mon point de vue, à partir de mon expérience personnelle. J’ai vécu en Europe. Il y avait une grosse différence entre ici et là-bas ! À cette époque, Montréal était plus libre et évolué que Berlin ou Paris. »

Aujourd’hui, Dupont a fait la paix avec son passé. Et il a trouvé son prince charmant. « Il n’y a rien que j’aime plus que d’être assis à côté de Leonardo dans un train, une voiture, un avion. On avance pour aller quelque part. Pour moi, le mouvement, c’est la vie. »

Luc Boulanger (La Presse)


Entrevue avec l’auteur Éric Dupont pour le roman, « Les princes charmants »

L’émission Il restera toujours la culture, animée par Émilie Perreault, 9 septembre 2026.

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/il-restera-toujours-culture/segments/rattrapage/2472703/entrevue-avec-auteur-eric-dupont-pour-roman-princes-charmants

Les princes charmants, Éric Dupont, Marchand de feuilles, 2 septembre 2026.

Prince gothique, petit prince du Sud, prince policier. Les princes charmants est une fugue littéraire sur la question éternelle: le bonheur peut-il se trouver dans la rencontre d'un seul homme? La vie d'Eric Dupont s'effondrait quand il a fait connaissance avec son prince charmant.

Son père, grand séducteur marié six fois, a tenté par tous les moyens de changer son destin en l'inscrivant à des cours de hockey, à des séances d'hypnose et en lui imposant une thérapie de conversion. Mais il n'est jamais parvenu à le faire douter de qui il est.

Portrait tendre mais caustique de la vie d'un prof en mille miettes, Les princes charmants est à la fois un avertissement et un émerveillement. Exquis. Troublant. Drôle. Vulnérable et irrésistible. Un parfait mélange de désir et d'anxiété.

https://www.leslibraires.ca/livres/les-princes-charmants-9782925059516

 

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