Identités multiples, risques multiples Homophobie, transphobie et racisme aux États-UnisNouveau
« Nos combats ont plusieurs dimensions, à l’instar de nos vies. »
Audre Lorde, auteure et militante américaine
Au sein de la population LGBT des États-Unis, les transgenres, les membres de minorités ethniques, les jeunes, les sans-abri et les travailleurs du sexe sont les plus exposés au risque de violences de la part des policiers.
Le racisme, l’homophobie ou la transphobie (discrimination ou hostilité contre les transgenres) vont souvent de pair. Un grand nombre des cas de violences commises à l’égard des LGBT concernaient des personnes issues de minorités ethniques. La situation au regard de la législation sur l’immigration augmente également les risques de violences de la part des agents chargés de l’application des lois. Ce constat traduit la présence d’un racisme fortement ancré dans les services du maintien de l’ordre aux États-Unis.
Parmi les violences signalées, citons, entre autres, les injures racistes, le harcèlement, les mauvais traitements, les fouilles non motivées, les fausses interpellations, l’usage excessif de la force, les tirs injustifiés et les actes de torture.
Les efforts déployés pour prévenir et éliminer les violences contre les LGBT sont entravés par la mauvaise circulation des renseignements et le manque de coordination entre les organes fédéraux, étatiques et locaux, d’une part, et cette catégorie de population, d’autre part. Cependant, malgré l’absence de suivi systématique et cohérent, on peut constater l’existence de violences généralisées contre les LGBT. Ainsi, selon les statistiques officielles, en 2003 à Chicago, et en 2002 à Los Angeles, les LGBT représentaient le deuxième groupe visé par les « crimes de haine » (crimes motivés par des discriminations) ; dans ces deux villes, seuls les crimes racistes étaient plus nombreux pour cette catégorie d’infraction.
Amnistie internationale a mis en évidence que des « crimes de haine » motivés par plusieurs préjugés à la fois restent la plupart du temps inconnus des autorités ou font l’objet d’un recensement incomplet. Toutefois, des facteurs tels que le genre, l’appartenance ethnique, l’âge, la situation socio-économique et la situation au regard de la législation sur l’immigration influent sur la probabilité des violences contre les LGBT. Selon une étude nationale conduite en 2003, 51 p. cent des LGBT ayant signalé un « crime de haine » appartenaient à une minorité ethnique. À Los Angeles en 2002, la majorité des « crimes de haine » recensés concernant les transgenres ont été commis contre des personnes à faibles revenus issues de minorités ethniques, dans des zones connues pour être fréquentées par des travailleurs du sexe basés dans la rue.
Les stéréotypes liés au genre ou à la sexualité peuvent parfois entrer en conflit avec les stéréotypes concernant la couleur de peau ou l’appartenance ethnique. Dans certaines circonstances, ce conflit peut représenter un risque supplémentaire pour les personnes qui ne correspondent pas aux différents stéréotypes. Ainsi, fin 2003, des policiers auraient rejeté la demande d’un homosexuel américain d’origine africaine qui souhaitait être placé dans une unité spéciale pour les détenus LGBT, au motif qu’il ne répondait pas à l’image courante de l’homosexuel.
Les attitudes discriminatoires motivées par des préjugés liés au genre et à la sexualité peuvent être aggravées par une présomption de culpabilité fondée sur des éléments comme l’ethnie, l’âge, ou le statut socio-économique.
Les opérations policières liées à la « qualité de vie » – ces stratégies visant à faire respecter de manière agressive des lois contre les petits délits, par exemple l’ivresse en public, le vagabondage, le vandalisme, l’abandon de détritus ou le fait d’uriner en public – ont souvent ciblé les populations LGBT aux États-Unis. Ces politiques de maintien de l’ordre s’attachent en outre à l’appartenance ethnique, à l’âge et à la situation socio-économique des LGBT visés. Dans de nombreux cas, il est difficile d’évaluer si une personne a également été la cible de la police du fait de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. Même si une personne est initialement inquiétée par racisme, la probabilité que la police commette des violations contre elle augmente lorsque son orientation sexuelle ou son identité et expression de genre deviennent apparentes.
X, une transgenre américaine d’origine indienne, a indiqué à Amnistie internationale que deux policiers l’avait arrêtée en octobre 2003 à Los Angeles, alors qu’elle marchait dans la rue au petit matin. Les policiers lui ont dit qu’ils la conduisaient en prison pour « prostitution », une charge qu’elle récuse. X indique que ces hommes l’ont menottée, fait monter dans une voiture de patrouille et emmenée dans une petite rue donnant sur Hollywood Boulevard. Ils ont alors arrêté la voiture et en ont fait sortir leur victime, qu’ils ont frappée au visage en lui criant des injures de nature sexuelle. Ils l’ont poussée dans le véhicule, ont arraché sa jupe et ses sous-vêtements, puis l’ont violée. Selon X, les deux hommes l’ont ensuite jetée à terre et lui ont dit « Voilà tout ce que tu mérites » en l’abandonnant sur place.
Les lois, lorsqu’elles sont formulées de façon vague, sans définition précise des infractions, peuvent se prêter à des applications discriminatoires. Trop d’éléments sont laissés à l’appréciation des policiers quand ils doivent décider d’arrêter, d’interroger ou de placer quelqu’un en détention. Lorsque les membres d’une population spécifique sont considérés (profilés) comme des délinquants potentiels, les risques de discrimination dans les opérations de maintien de l’ordre augmentent. Or, les recherches d’Amnistie internationale montrent que les agents responsables de l’application des lois soupçonnent d’emblée les LGBT appartenant à certaines minorités ethniques, par exemple. Plus particulièrement, les femmes transgenres issues de ces minorités sont fréquemment perçues comme suspectes dans leur vie quotidienne.
« Je crois que si nous étions blanches, les flics et les gens nous traiteraient autrement »
Une jeune lesbienne d’ascendance afro-américaine
et amérindienne, à Denver (Colorado), 2002.
Le « profilage négatif » et l’application sélective des règlements relatifs à la « qualité de vie » peuvent affecter presque tous les aspects de la vie quotidienne d’une personne et avoir des répercussions durables. Dans une étude publiée en 2004, Amnistie internationale USA a montré que le « profilage racial » peut provoquer un sentiment d’humiliation, de dépression, d’impuissance ou de colère. Au sein des minorités ethniques, cette pratique suscite également de la peur et un manque de confiance à l’égard de la police, et peut entraîner une certaine réticence à coopérer. Les mêmes réactions avaient été constatées chez les populations LGBT dont les membres avaient subi un profilage ou une application sélective des lois fondée sur l’orientation sexuelle, l’identité de genre, l’âge ou la situation socio-économique, par exemple.
La formation des agents responsables de l’application des lois sur les problèmes spécifiques des LGBT doit intégrer l’influence de facteurs tels que l’appartenance ethnique, l’âge, la situation socio-économique et la situation au regard des lois sur l’immigration.
Un homosexuel philippin victime de violences domestiques et habitant Los Angeles aurait été battu à plusieurs reprises par son partenaire, un Américain d’origine européenne. Lorsque la police est intervenue à l’occasion d’une altercation, elle aurait arrêté le Philippin et menacé d’attirer l’attention des autorités de l’immigration sur son cas en lui disant : « Vous n’êtes pas un citoyen. Nous devrions vous expulser ; vous ne devriez pas frapper les Américains, vous n’êtes pas américain ». Le Philippin a été condamné à suivre un programme d’intervention pour conjoints violents pendant cinquante-deux semaines.
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