Sexisme, misogynie et homophobie Violence contre les lesbiennes aux États-Unis Nouveau
En 2004, une lesbienne d’Athens, dans l’État de Géorgie, a engagé des poursuites civiles contre un ancien fonctionnaire du comté de Gwinnett, en alléguant qu’il l’avait violée en raison de son homosexualité. Le fonctionnaire l’aurait contrainte à entrer chez elle sous la menace d’une arme, et l’aurait violée. La femme a déclaré que l’individu avait juré qu’il allait « lui donner une leçon », qu’il avait dit que le monde « avait besoin d’une gouine en moins » et qu’il allait s’en charger. Le fonctionnaire a été accusé de viol, d’arrestation illégale, de coups et blessures aggravés à l’aide d’une arme mortelle, de coups et blessures aggravés avec l’intention de commettre un viol, et de violation du serment professionnel. Selon le bureau du procureur de district du comté d’Athens-Clarke, le fonctionnaire a été acquitté de la plupart des charges qui pesaient contre lui, mais reconnu coupable d’avoir violé le serment professionnel. Il a accepté d’être soumis à une mise à l’épreuve de deux ans durant lesquels il ne devait avoir aucun contact avec la victime. Le fonctionnaire a été exclu du comté d’Athens-Clarke et a promis de ne pas faire appel de cette décision.
Dans presque toutes les cultures, les femmes subissent des violences liées au genre. Les victimes de la violence contre les femmes évoquent leur profond sentiment de honte, ainsi que le scepticisme et l’incrédulité qui caractérisent les réactions de la société à leur égard. Cette violence est souvent invisible car survenant derrière des portes fermées ; elle est fréquemment décrite comme une réalité « normale » et donc immuable. Il existe vis-à-vis d’elle une forme de tolérance à tous les niveaux de la société, même dans les pays qui la considèrent comme un crime.
La discrimination liée au genre est souvent combinée à d’autres discriminations, notamment d’ethnie et de classe. Le sexisme, la misogynie, le racisme et l’homophobie apparaissent souvent en conjonction. Les recherches d’Amnistie internationale ont montré que de telles discriminations exposaient les femmes lesbiennes et bisexuelles à de graves atteintes dans un grand nombre de situations, dans leur foyer ou, plus généralement, dans la collectivité. Dans la plupart des sociétés, s’écarter des rôles habituellement attendus des hommes ou des femmes comporte généralement des risques. Cependant, en conséquence du sexisme, de la discrimination liée au genre et de la misogynie, les lesbiennes, lorsqu’elles défendent leurs droits, doivent souvent faire face à des obstacles supplémentaires ou différents par rapport aux gays. En bref, les lesbiennes risquent davantage de subir des atteintes aux droits humains, simplement parce qu’elles sont des femmes.
Aux États-Unis comme ailleurs, la violence contre les lesbiennes et les bisexuelles s’inscrit dans le registre des agressions menaçant les femmes qui s’éloignent des codes acceptés en matière de comportement sexuel. Cette violence est généralement mal répertoriée, essentiellement en raison de la discrimination et de la marginalisation subies par les femmes qui – du fait de l’expression de leur sexualité ou de leur genre – ne se conforment pas aux normes socioculturelles de la féminité. Comme la sexualité des femmes peut être plus facilement contrôlée par la famille et la collectivité, les lesbiennes et les bisexuelles peuvent avoir à affronter des difficultés spécifiques lorsqu’elles résistent aux mauvais traitements ou cherchent à obtenir réparation.
Amnistie internationale a pu observer qu’en raison de la discrimination ambiante, ces femmes sont souvent rendues responsables des violences dont elles sont victimes. Cette violence serait perçue comme une « punition » sanctionnant leur non-conformité aux conventions sociales. Des militants ont indiqué à Amnistie internationale que les lesbiennes et bisexuelles jugées « trop masculines » craignent de signaler les actes dont elles sont victimes, car elles sont trop souvent considérées comme fautives dans ces affaires.
Une lesbienne vivant à Saint Paul, dans le Minnesota, a indiqué qu’en juillet 2000, un homme avait heurté à plusieurs reprises sa compagne à l’aide de son chariot de supermarché, et l’avait finalement projetée au sol. Elle a indiqué à Amnistie internationale : « un policier qui se trouvait devant le supermarché a dit que si nous souhaitions déposer une plainte, il devrait arrêter à la fois ma compagne et l’agresseur, étant donné qu’il ne savait pas “qui avait commencé”. Lorsque je lui ai signalé que l’homme nous avait suivies pendant plusieurs minutes et qu’il avait traité mon amie de “gouine”, il m’a répondu qu’en “choisissant ce style de vie, il fallait s’attendre à choquer certaines personnes”. Il a refusé d’établir un procès-verbal. » Cette femme a donc relevé son numéro de badge et est allée porter l’affaire au poste de police local, où on lui a annoncé qu’elle ne pouvait pas déposer de plainte contre le policier car il n’avait pas dressé de procès-verbal. Peu après, elle aurait été renvoyée de son travail pour l’État du Minnesota. Selon elle, ses employeurs l’avaient informée que son implication dans cette affaire constituait « une conduite indigne d’une fonctionnaire de l’État ».
Une lesbienne a indiqué à Amnistie internationale en février 2004 qu’elle avait été interpellée par la police alors qu’elle conduisait sa voiture, un soir. Elle témoigne : « Ils m’ont palpée en s’attardant beaucoup trop sur certains endroits. Ils m’ont ensuite dit de m’étendre sur le ventre. Ils m’ont demandé si je voulais savoir comment c’était avec un homme. L’un des policiers m’a demandé si j’avais “une copine sexy” que je pourrais appeler pour qu’elle vienne “s’amuser” avec nous. Lorsque j’ai essayé de faire une déposition contre eux, on m’a ri au nez et on m’a dit de partir. »
Les recherches d’Amnistie internationale montrent que les femmes dont la sexualité ou l’expression de genre ne sont pas conformes aux stéréotypes sociaux se heurtent à des problèmes particuliers, y compris des menaces, lorsqu’elles tentent de signaler des violences subies. En conséquence, elles peuvent renoncer à signaler ces agissements ou n’en livrer qu’une version partielle. Du fait des discriminations visant en général les lesbiennes et les bisexuelles, tout manquement à la confidentialité de la part de la police, des juges, des procureurs ou d’autres services peut représenter une réelle menace pour la vie de ces personnes, au foyer ou au travail. Lorsqu’elles signalent les violences, ces femmes peuvent en outre subir des extorsions, des chantages ou des désaveux publics.
En raison de leur sexualité, des lesbiennes ont été la cible d’actes de violence de la part des agents responsables de l’application de la loi. Plus particulièrement, celles perçues comme « masculines » sont considérées d’office comme des rebelles susceptibles d’opposer une résistance aux forces de l’ordre : elles sont donc souvent traitées avec plus de dureté sur le plan physique.
Des militants ont indiqué à Amnistie internationale que lorsque la police intervient pour des cas de violence au sein de couples de lesbiennes, les policiers « essaient seulement de calmer les filles », ou voient le problème comme « une bagarre entre égaux ». Dans ces situations, nombre de policiers ne considèrent pas qu’ils ont affaire à de « véritables » violences domestiques. En effet, selon une idée reçue largement répandue parmi les agents des forces de l’ordre, il faut essentiellement tenir compte du sexe des partenaires du couple pour déterminer s’il y a ou non violence au foyer. De ce fait, les policiers considèrent simplement qu’il y a « violences mutuelles » et arrêtent les deux parties lorsqu’ils interviennent auprès de lesbiennes, gays, bisexuels ou transgenres (LGBT).
Une Hispano-Américaine habitant Chicago a été arrêtée et condamnée à un programme de suivi psychologique car sa partenaire avait appelé la police en déclarant avoir été frappée par cette personne. Or, selon certaines sources, cette Hispano-Américaine était au contraire battue par sa partenaire depuis un certain temps, et les voisins avaient à plusieurs reprises appelé la police, qui habituellement ne se déplaçait pas. Malgré cette longue série de violences domestiques, lorsque la police est intervenue, elle a arrêté la victime. En février 2004, une personne militant pour faire cesser les violences au foyer parmi les LGBT a indiqué à Amnistie internationale que la partenaire violente parlait couramment anglais et que la police était pour cette raison plus encline à prendre ses déclarations au sérieux. La victime ne parlait qu’espagnol et ne connaissait pas ses droits aux États-Unis. Elle n’était donc pas à même de se défendre verbalement devant la police. Comme dans la plupart des cas de violences domestiques au sein d’un couple de même sexe, la police considère que les deux parties sont responsables, et que la personne qui parle et accuse la première est la victime.
|