Torture et minorité sexuelles
Le 18 octobre dernier, Amnistie lançait, dans plus d'une soixantaine de pays, une campagne internationale contre la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants. Cette campagne, qui doit durer un an, espère faire reculer la pratique de la torture et des mauvais traitements dans le monde par la sensibilisation, l'information et l'éducation de l'opinion publique, la lutte contre l'impunité, la promotion du droit à réparation pour les victimes et la pression auprès des gouvernements pour une application des textes internationaux interdisant ces pratiques.
Un volet de cette campagne est consacré aux victimes de torture appartenant à des minorités sexuelles. Les violences liées à l'orientation ou à l'identité sexuelle ont été longtemps négligées ou peu dénoncées du fait des tabous entourant l'homosexualité dans de nombreux pays et des risques encourus par ceux qui osaient parler. La marginalisation des victimes et les préjugés des organisations luttant contre la torture ont masqué l'étendue de ces violations des droits humains. Amnistie entend révéler l'ampleur des tortures et mauvais traitements dont sont victimes les membres des minorités sexuelles et en faire un thème important de sa campagne.
En effet, un peu partout dans le monde, des lesbiennes, des gais, des personnes bisexuelles et transsexuelles sont torturés sans que personne n'ose en parler. Il s'agit d'un problème planétaire -Amnistie a documenté des cas sur les cinq continents- qui est largement passé sous silence. L'opprobe jeté sur les homosexuels dans de nombreuses sociétés est tel que ceux qui osent dénoncer ces crimes sont souvent ignorés, voire marginalisés ou persécutés encore davantage. Certains gouvernements cherchent à nier la réalité de tels actes de torture, voire l'existence même d'homosexuels dans leur pays, alors que d'autres justifient ouvertement les persécutions au nom de la morale, de la religion ou de l'idéologie. Le résultat est que des actes de torture sont perpétrés sans que personne n'y trouve rien à redire et que toute une partie de la population se retrouve en situation de grande vulnérabilité.
Dans près de 80 pays, l'homosexualité est punissable à des degrés divers par la loi. Cette situation fait en sorte que toute personne qui n'est pas hétérosexuelle peut être arrêtée pour l'unique raison d'avoir eu des relations privées librement consenties, d'avoir rencontré des amis ou même, tout simplement d'avoir "l'air d'un homo". Les individus placés en détention peuvent être torturés ou maltraités par des tortionnaires impatients de leur faire "avouer" leur "crime" ou de les punir. La criminalisation de l'homosexualité est depuis longtemps à l'origine d'actes de torture. Les accusations d'homosexualité servent également de prétexte pour emprisonner des opposants politiques. Dans plusieurs pays, des châtiments corporels prescrits par la loi constituent de fait des actes de torture ou des mauvais traitements appliqués légalement pour punir certains comportements sexuels, dont l'homosexualité. Les lois qui criminalisent l'homosexualité privent ainsi tout un groupe de la population de ses droits fondamentaux et font fonction de permis de torturer et de maltraiter les détenus.
De plus, la torture et les mauvais traitements ne sont pas limités aux pays où l'homosexualité est illégale. L'ampleur des préjugés est telle que les membres des minorités sexuelles qui ont affaire à des représentants de la loi pour d'autres motifs risquent d'être victimes de mauvais traitements, notamment de viols et autres violences sexuelles. En prison, les lesbiennes, les gais, les bisexuel(le)s et les transsexuel(le)s sont souvent les victimes du reste de la population carcérale. La torture et les mauvais traitements ne se limitent toutefois pas aux prisons et aux locaux de garde à vue. Les mauvais traitements peuvent se produire lors de descentes de police dans des bars ou d'autres lieux publics de rencontre, opérations qui donnent souvent lieu à des violences physiques et verbales homophobes. Des manifestations de rue peuvent également donner lieu à des mauvais traitements.
C'est pourquoi Amnistie s'engage, dans le cadre de cette campagne, à dénoncer et à combattre la discrimination exercée à l'encontre des membres des minorités sexuelles un peu partout à travers le monde. Parmi les premiers appels mondiaux de cette campagne figure le cas de Vanesa Lorena Ledesma (Le Dire!, octobre à décembre 2000). D'autres appels en faveur de victimes issues des minorités sexuelles seront également lancés au cours de la campagne. L'engagement d'Amnistie en faveur du respect des droits des minorités sexuelles sera particulièrement marqué l'été prochain à l'occasion des événements entourant les célébrations de la fierté gaie, lesbienne, bisexuelle, travestie et transsexuelle qui auront lieu dans plusieurs pays. Les membres de l'organisation et leurs sympathisants seront alors invités à participer à des actions en faveur des victimes de torture issues des minorités sexuelles. Au cours de l'année à venir, nous vous ferons parvenir un certain nombre d'actions sur ce thème. Ce sera notre façon de réaffirmer que les droits humains sont universels et indivisibles. Vous pouvez également agir dès maintenant en consultant le site http://www.stoptorture.org
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